Le test de Fagerström tient sur une feuille A4 et se remplit en deux minutes, mais c’est lui qui oriente, en consultation, le choix entre « arrêter seul » et « arrêter avec un substitut nicotinique dosé correctement ». Six questions, un score sur 10, et une information précieuse : à quel point votre organisme réclame de la nicotine, indépendamment de votre volonté. Comprendre ce que ce score mesure — et surtout ce qu’il ne mesure pas — évite deux erreurs coûteuses : sous-doser un patch chez un fumeur très dépendant, ou croire qu’un score bas garantit un arrêt sans effort. Cet outil s’articule avec toutes les autres étapes du sevrage tabagique, du choix de la méthode au suivi des premières semaines.
Le saviez-vous ? Selon le Baromètre de Santé publique France publié en 2025 (données 2024), 18 % des 18-75 ans fument quotidiennement en France hexagonale, contre 25 % en 2021 et 28,6 % dix ans plus tôt. La baisse est historique, mais la dépendance des fumeurs restants est en moyenne plus marquée : d’où l’intérêt d’un outil de mesure fiable avant de choisir une stratégie d’arrêt.
Sommaire
ToggleCe que mesure réellement le test de Fagerström
Publié en 1978 par le psychologue suédois Karl-Olov Fagerström, puis révisé en 1991 sous le nom de Fagerström Test for Nicotine Dependence (FTND), ce questionnaire évalue une seule chose : la dépendance physique à la nicotine. Autrement dit, l’intensité avec laquelle votre cerveau, habitué à recevoir de la nicotine à intervalles réguliers, réagit à son absence.
Le principe est simple : plus vous fumez tôt après le réveil et plus vous fumez de cigarettes, plus vos récepteurs nicotiniques sont sollicités et plus le manque sera vif. La question sur la première cigarette du matin est d’ailleurs considérée comme la plus discriminante de tout le questionnaire : après une nuit sans apport, un fumeur fortement dépendant ressent le besoin de compenser en quelques minutes.
Ce que le test ne mesure pas est tout aussi important : ni votre motivation (évaluée séparément, par exemple avec l’échelle de Richmond), ni la dépendance psychologique (la cigarette comme régulateur d’émotions), ni la dépendance comportementale (le geste associé au café, à la voiture, à la pause). C’est pourquoi le score de Fagerström n’est jamais un pronostic de réussite : il oriente le traitement pharmacologique, pas la stratégie complète.
Les six questions du test de Fagerström et leur barème
Le questionnaire complet compte six items, chacun valant de 0 à 3 points. Répondez en pensant à une semaine ordinaire, pas à un jour de fête ou d’arrêt maladie, sous peine de fausser le résultat dans un sens ou dans l’autre.
| Question | Réponse | Points |
|---|---|---|
| 1. Combien de temps après le réveil fumez-vous votre première cigarette ? | Moins de 5 minutes | 3 |
| 6 à 30 minutes | 2 | |
| 31 à 60 minutes | 1 | |
| Plus de 60 minutes | 0 | |
| 2. Trouvez-vous difficile de ne pas fumer dans les endroits interdits ? | Oui | 1 |
| Non | 0 | |
| 3. À quelle cigarette renonceriez-vous le plus difficilement ? | La première du matin | 1 |
| Une autre | 0 | |
| 4. Combien de cigarettes fumez-vous par jour ? | 31 et plus | 3 |
| 21 à 30 | 2 | |
| 11 à 20 | 1 | |
| 10 ou moins | 0 | |
| 5. Fumez-vous davantage dans les premières heures après le réveil ? | Oui | 1 |
| Non | 0 | |
| 6. Fumez-vous même très malade et alité ? | Oui | 1 |
| Non | 0 |
Le total se situe donc entre 0 et 10 points. Notez que deux items pèsent 3 points chacun — le délai avant la première cigarette et le nombre de cigarettes quotidiennes — et concentrent à eux seuls 60 % du score maximal. C’est cohérent avec la physiologie : ce sont les deux marqueurs les plus directs de la charge nicotinique reçue par l’organisme.
💡 Astuce : comptez vos cigarettes réellement, sur trois jours, avant de répondre à la question 4. La plupart des fumeurs sous-estiment leur consommation de 15 à 25 %, notamment les cigarettes « sociales » de fin de journée. Une sous-estimation de 5 cigarettes peut faire basculer d’une catégorie de score à une autre, donc d’un dosage de substitut à un autre.
Comment interpréter votre score de Fagerström
L’interprétation retenue par les tabacologues francophones et reprise notamment par le RESPADD (Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions) distingue quatre paliers.
| Score | Niveau de dépendance physique | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| 0 à 2 | Pas de dépendance physique | Arrêt possible sans substitut. L’enjeu est comportemental : casser les automatismes. |
| 3 à 4 | Dépendance faible | Arrêt souvent possible sans traitement, avec formes orales (gommes, pastilles) en secours si envies fortes. |
| 5 à 6 | Dépendance moyenne | Substituts nicotiniques recommandés pour augmenter les chances de succès. |
| 7 à 10 | Dépendance forte à très forte | Substituts quasi indispensables, souvent en association patch + forme orale, avec suivi médical. |
Un point mérite d’être souligné : ces paliers sont des repères d’orientation, pas des seuils réglementaires. Un fumeur à 4 points qui a déjà échoué trois fois sans aide a tout intérêt à utiliser un substitut, quand bien même son score le classerait dans les « faibles dépendances ». À l’inverse, un score de 8 n’interdit pas un arrêt réussi : il indique simplement que le sevrage sans substitut sera nettement plus rude sur les deux premières semaines.
À retenir : le score de Fagerström prédit l’intensité du manque physique, pas votre probabilité de réussite. Deux fumeurs au même score peuvent avoir des trajectoires opposées selon leur entourage, leur niveau de stress et l’accompagnement dont ils disposent.
Le test court en deux questions : le HSI
Quand le temps manque — au comptoir d’une pharmacie, en consultation de médecine générale — les professionnels utilisent souvent le Heaviness of Smoking Index (HSI), une version abrégée qui ne garde que les deux items les plus lourds : le délai avant la première cigarette et le nombre de cigarettes par jour. Le score va de 0 à 6.
Grille d’interprétation usuelle : 0-1 dépendance faible, 2-3 dépendance moyenne, 4-6 dépendance forte. Le HSI repère correctement les fumeurs très dépendants, mais il perd la nuance sur les profils intermédiaires, où les items comportementaux (fumer malade, fumer dans les lieux interdits) apportent une information réelle. En pratique : le HSI pour dépister, le test complet pour décider d’un traitement.

Du score au choix du substitut nicotinique
Le score sert surtout à répondre à une question concrète : faut-il un substitut, et à quelle dose ? Le prescripteur croise généralement le score de Fagerström avec la consommation quotidienne déclarée. Les repères ci-dessous sont ceux couramment utilisés en tabacologie, à ajuster impérativement avec un professionnel de santé.
| Profil | Score / consommation | Piste habituelle | Durée indicative |
|---|---|---|---|
| Peu dépendant | 0-4, moins de 10 cig./j | Formes orales à la demande, ou aucun traitement | 4 à 8 semaines |
| Dépendance moyenne | 5-6, 10 à 20 cig./j | Patch 14 mg/24 h (ou équivalent 16 h), + forme orale en secours | 8 à 12 semaines |
| Dépendance forte | 7-10, plus de 20 cig./j | Patch 21 mg/24 h + gommes ou pastilles selon les envies | 12 semaines et plus |
| Dépendance très forte | 9-10, plus de 30 cig./j | Association de patchs et/ou traitement sur ordonnance, suivi médical | À définir en consultation |
Ces repères ne remplacent pas un avis médical. Le réglage réel se fait sur les premiers jours : des envies impérieuses persistantes évoquent un sous-dosage, tandis que nausées, palpitations ou insomnie évoquent un surdosage. Notre guide du dosage du patch nicotine détaille ces ajustements, et la page consacrée aux effets secondaires des patchs liste les signes qui doivent conduire à consulter.
⚠ Attention : le score de Fagerström ne remplace jamais un avis médical. En cas de grossesse ou d’allaitement, de maladie cardiovasculaire récente, de traitement psychiatrique en cours ou de consommation associée d’alcool ou de cannabis, l’évaluation et la prescription doivent être faites par un médecin ou un tabacologue, quel que soit votre résultat.
Combien coûte l’aide au sevrage, et qui la rembourse
Un score élevé implique souvent plusieurs semaines de substituts, donc un budget. Bonne nouvelle : depuis le 1er janvier 2019, la grande majorité des substituts nicotiniques inscrits sur la liste des médicaments remboursables est prise en charge à 65 % par l’Assurance Maladie, sur prescription, sans plafond annuel — l’ancien forfait de 150 € par an a été supprimé. Le ticket modérateur de 35 % reste à votre charge ou à celle de votre complémentaire santé.
| Point clé | Situation en 2026 |
|---|---|
| Taux de remboursement | 65 % sur les substituts inscrits sur la liste des produits remboursables |
| Condition | Prescription par un professionnel habilité (médecin, sage-femme, infirmier, chirurgien-dentiste, masseur-kinésithérapeute) |
| Plafond annuel | Supprimé depuis 2019 |
| Formes concernées | Patchs, gommes, pastilles, comprimés sublinguaux, certains sprays buccaux |
| Reste à charge | 35 %, souvent couvert par la mutuelle |
Les modalités exactes figurent sur ameli.fr et évoluent à la marge selon les produits inscrits. Pour les tarifs pratiqués et les écarts entre marques, consultez notre point sur le prix des patchs nicotine et le détail du remboursement des patchs.

Les trois étages de la dépendance au tabac
Le test de Fagerström n’éclaire qu’un étage d’un édifice qui en compte trois. Les distinguer aide à comprendre pourquoi un score bas n’immunise pas contre la rechute.
La dépendance physique est celle que mesure le test : elle produit irritabilité, troubles de la concentration, envies impérieuses et troubles du sommeil, et s’atténue généralement en deux à quatre semaines. La dépendance psychologique concerne le rôle attribué à la cigarette : gérer une contrariété, marquer une pause, se récompenser — c’est le nœud du cercle vicieux entre tabac et stress, où la cigarette soulage un manque qu’elle a elle-même créé. La dépendance comportementale, enfin, tient aux automatismes et aux contextes : le café du matin, la sortie de bureau, l’apéritif entre amis.
Les substituts n’agissent que sur le premier étage. Les deux autres se traitent par le changement de routines, l’accompagnement, et parfois des approches complémentaires comme l’hypnose, dont les données d’efficacité restent hétérogènes. La cigarette électronique, elle, agit à la fois sur l’apport de nicotine et sur le geste, ce qui explique son usage fréquent chez les fumeurs très dépendants, sans qu’elle bénéficie du statut de médicament ni d’un remboursement.
Ce que votre score change dans les premières semaines
Plus le score est élevé, plus les symptômes de sevrage apparaissent tôt et fort. Voici les repères temporels généralement observés, à titre indicatif : chaque fumeur a sa propre courbe.
| Période | Score faible (0-4) | Score élevé (7-10) |
|---|---|---|
| 4 à 24 heures | Envies ponctuelles, gêne légère | Irritabilité nette, envies impérieuses répétées |
| Jours 2 à 4 | Pic modéré, nervosité passagère | Pic maximal : nervosité, insomnie, troubles de la concentration |
| Semaines 1 à 2 | Décroissance rapide | Symptômes encore marqués, appétit augmenté |
| Semaines 3 à 4 | Manque physique quasi éteint | Atténuation nette, envies déclenchées par le contexte |
| Mois 2 à 6 | Vigilance comportementale | Risque de rechute concentré sur les situations à forte charge émotionnelle |
L’appétit augmenté mérite une mention : il fait partie du syndrome de sevrage et explique une partie de la prise de poids après l’arrêt du tabac, qui reste très modeste au regard des bénéfices cardiovasculaires. L’OMS et l’INSERM rappellent régulièrement que le rapport bénéfice-risque de l’arrêt est favorable à tout âge, y compris après 60 ans.
Cinq erreurs fréquentes d’interprétation
1. Confondre score et motivation. Un fumeur à 9 points très motivé et bien accompagné réussira plus souvent qu’un fumeur à 3 points contraint par son entourage. Le test de Fagerström et l’échelle de motivation sont deux instruments complémentaires, jamais interchangeables.
2. Répondre pour un « bon jour ». Les réponses doivent refléter une semaine ordinaire. Un score calculé un dimanche de repos peut sous-estimer la dépendance de plusieurs points.
3. Croire qu’un score bas dispense de préparation. La préparation de l’arrêt en cinq étapes — date fixée, entourage prévenu, environnement débarrassé, alternatives prêtes — reste utile à tous les niveaux de dépendance.
4. Utiliser le score pour se juger. La dépendance nicotinique est un phénomène neurobiologique, pas un défaut de caractère. Un score élevé justifie plus d’aide, pas plus de culpabilité.
5. Ne pas refaire le test après une rechute. Une reprise du tabac s’accompagne souvent d’un rythme de consommation différent. Refaire le questionnaire avant la tentative suivante permet d’ajuster le dosage plutôt que de reproduire à l’identique une stratégie qui a échoué.

Où faire le test et vers qui se tourner
Le questionnaire est accessible librement : il figure dans les documents de Tabac info service, dans les outils du RESPADD et dans les supports de nombreuses pharmacies. Le remplir seul n’a rien de risqué ; c’est l’interprétation qui gagne à être partagée.
Plusieurs interlocuteurs peuvent vous accompagner. Votre médecin traitant peut prescrire les substituts et ouvrir le remboursement. Le pharmacien fait passer le test court, conseille les formes orales et vérifie les interactions. Un tabacologue, en consultation hospitalière ou libérale, prend en charge les situations complexes : score élevé, échecs répétés, comorbidités psychiatriques, polyconsommation. Enfin, la ligne Tabac info service au 39 89 (service gratuit, du lundi au samedi) met en relation avec un tabacologue pour un suivi téléphonique sans frais, et l’application d’e-coaching propose un programme personnalisé.
Chaque mois de novembre, l’opération Mois sans tabac, pilotée par Santé publique France, propose un cadre collectif : la 11e édition est programmée en novembre 2026. L’argument mis en avant par les organisateurs est simple : tenir 30 jours sans fumer multiplie significativement les chances d’un arrêt durable. Passer le test de Fagerström en octobre, c’est arriver au 1er novembre avec le bon dosage déjà en poche.
Le saviez-vous ? Selon les données de la MILDECA et de Santé publique France, la France compte 4 millions de fumeurs quotidiens de moins qu’il y a dix ans. Les écarts sociaux restent forts : la prévalence du tabagisme quotidien est environ 2,1 fois plus élevée chez les ouvriers (25,1 %) que chez les cadres (11,8 %).
FAQ : test de Fagerström et dépendance à la nicotine
Le test de Fagerström est-il fiable ?
Quel score indique une forte dépendance ?
Peut-on faire le test seul, en ligne ?
Le score détermine-t-il le dosage du patch ?
Un score faible signifie-t-il un arrêt facile ?
Faut-il refaire le test pendant le sevrage ?
Existe-t-il une version courte ?
Aller plus loin
🩹Patch nicotine dosage : quel timbre choisir ?→
💶Remboursement patch nicotine : prise en charge à 65 %→
⏳Durée du sevrage sans substitut : étapes et repères→
💨Cigarette électronique : guide complet pour arrêter→
⚖️Arrêt du tabac et prise de poids : chiffres et solutions→
✅Arrêter de fumer en 5 étapes : la méthode 2026→
💌 Recevez nos guides arrêt du tabac par email
Méthodes évaluées, repères de dosage et suivis concrets, une fois par mois, sans promesse miracle.
S’inscrire à la newsletter
Sources : Santé publique France (Baromètre 2024, publié en 2025), MILDECA, Assurance Maladie – ameli.fr (prise en charge des substituts nicotiniques), Haute Autorité de santé, RESPADD, Tabac info service (39 89), OMS, INSERM. Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation. Parlez-en à votre médecin, à votre pharmacien ou à un tabacologue avant toute décision concernant votre traitement.
Rédaction Non-Fumeur.fr — mis à jour le 7 septembre 2026.
